L’hôpital autrement (Pour l’association centre 77)

In: Aide à la Personne

31 Août 2013

Dans la série, « ça n’arrive pas qu’aux autres  » je rencontre Mar- tine, une femme de 62 ans, mère de deux enfants et grand-mère d’un jeune garçon de 13 ans. Elle me reçoit dans son appartement à Cou- lommiers et  après avoir échangé des banalités  nous entrons  assez rapidement dans son histoire.
En 1972, Martine est victime d’un stupide  accident  de la circulation nécessitant une hospitalisation  à Paris, avec plusieurs interventions assez lourdes. Deux ans plus tard, une nouvelle intervention  s’avère nécessaire. Puis, ce sera des soins réguliers et de la rééducation.  Elle s’explique comme si  tout cela était loin. Et pourtant,  on devine en elle beaucoup de souffrance intériorisée.
Avant l’accident, Martine avait une vie professionnelle  accomplie, un poste avec beaucoup de responsabilités. Elle perd donc son travail et entre dans une période difficile. Elle est  en invalidité  depuis 2001 et en retraite aujourd’hui.

Une cascade d’hospitalisations.

Il y a un peu plus d’un an Martine est hospitalisée pour une prothèse au genou. Une opération banale, prévue  et destinée  à  augmenter son confort de vie. La médecine n’est pas une science exacte. Il arrive que l’imprévu soit au rendez vous.  Elle raconte :
« Le soir même mon pied est gonflé, noir et je suis envahie par une douleur  insupportable. Le chirurgien est alerté. Il ne comprend pas et les aides soignants n’ont jamais vu ça. Je supplie que l’on traite ma douleur  et commence à me demander ce que  je vais devenir. Des idées noires naissent dans ma tête. Vais-je perdre ma jambe ? On dé- cide donc de me transférer en urgence  dans un centre spécialisé en rééducation.  Au bout  d’une semaine  mon genou  et mon pied sont toujours noirs et les douleurs ne se calment pas. » Elle me montre  la photographie de sa jambe comme pour me prouver ses dires.  Son mari Yves, 61 ans arrive. Nous nous saluons, puis il s’installe dans le canapé, se fait discret soucieux visiblement de ne pas déranger. Martine poursuit.
« Le calvaire continue. Retour à l’hôpital pour une deuxième  inter- vention. Après une hospitalisation de deux semaines  rien ne change. Toujours autant  de douleurs. De nouveau  un transfert à l’hôpital de Meaux en urgence dans le service vasculaire. Deux semaines de soins mais surtout  de nombreux  examens. Et là, enfin le bilan tombe  : Il s’agit d’une hernie sur une artère. Il faut la retirer. Nouvelle interven- tion, la troisième en peu de temps. Retour à l’hôpital d’origine pour les soins. Durée estimée d’hospitalisation, deux mois. Je vais craquer. Je suis déprimée, ras le bol, ils vont finir par me trouver autre chose.

J’ai dit stop.

« J’ai vu un jour dans un reportage à la télé qu’on pouvait être hos- pitalisé chez soi et que le rétablissement n’en était que meilleur. J’en parle à l’infirmière et quelques  jours plus tard Fiorella, la responsable de l’Hospitalisation A Domicile (HAD) de l’association Centre77, me rend visite. Nous prenons  le temps  de faire connaissance. Elle m’ex- plique qu’elle vient de voir le médecin et l’équipe soignante.  Si je suis d’accord, demain je suis chez moi à 15 heures. Tu te souviens Yves ? » Yves acquiesce.
Mariés depuis  trois ans, son mari fût l’épaule du réconfort   tout  au long de la route  et pendant tous  ces allers et retours  hospitaliers. Des mois durant,   il lui a fallu montrer  bonne  figure aux autres, ne pas faire pitié, entretenir le moral de tout le monde, donner des nou- velles, s’occuper de la maison, répondre au téléphone, rendre  visite à sa femme chaque  jour même quand  l’hôpital était loin. Et Yves de lâcher : « On est solidaire dans tout. On a quand même des moments heureux » Deux sourires complices et un temps de silence.
En arrivant chez elle, le vendredi  à 15 heures, martine est attendue par  Fiorella, accompagnée par  Maryline, infirmière de  l’équipe et retrouve  sa chambre  avec quelques    changements. Une perfusion à gauche  du lit, une petite  table avec étagères à droite comportant tout le nécessaire pour les soins,  les médicaments, un cahier de soins avec un numéro  de téléphone en cas de problème.   L’hôpital chez soi. Les deux mois d’hospitalisation  à leur domicile ont été pour le couple  des retrouvailles. La vie reprenait. « Une infirmière le matin et c’est un sourire qui arrive. Une autre le soir apporte de l’espoir. Pas un jour sans du rire ». « Mais alors !» dit Martine « Quel sérieux dans leur travail ».
Aujourd’hui Martine va mieux mais elle souffre toujours de son pied et prend des anti-douleurs.

Coté professionnel, vu par Fiorella.

Fiorella encadre  le service HAD au sein de L’association Centre77 et s’explique sur la face cachée de la mise en place de l’hospitalisation à domicile de Martine.
« J’ai reçu la demande du service de Chirurgie B du CH de Coulommiers le mardi 3 mars à 13h24 et après concertation, le Médecin Coor- donnateur de l’HAD donne  son accord. Nous avons ensuite  sollicité et obtenu le 5 mars les accords du Médecin traitant, du Kinésithéra- peute  de Martine, du Laboratoire Médical d’analyses et de l’officine du patient  pour  la préparation des traitements. Entre temps  nous avons rencontré au CH de Coulommiers en Chirurgie,  le cadre  de santé et l’équipe soignante pour prendre  des renseignements com- plémentaires et consulter le dossier de la patiente.
Le mercredi  nous  rencontrons Martine, à l’hôpital, afin de faire sa connaissance et d’adapter sa prise en charge. En fin de journée nous préparons et envoyons les commandes à l’Officine,  la secrétaire pré- pare le dossier HAD et l’équipe soignante, Infirmières et Aides-soi- gnantes, élabore le plan de  la prise en charge ». A ce moment là j’ai pris conscience de l’ampleur de la coordination  et de la diversité des métiers. Je pensais que la suite serait plus routinière. Et bien pas du tout.

Enfin chez elle !

Fiorella continue  en m’expliquant le travail des professionnels  pen- dant l’hospitalisation à domicile.
Martine quitte l’hôpital le vendredi à 14 H. La cadre de santé arrive chez elle. Elle vérifie l’arrivée des traitements et commence à organiser son accompagnement. Il faut établir les liens avec le CH de Coulommiers pour les consultations avec le chirurgien, avec l’IDE stomathérapeute du CH pour le suivi de la plaie avec envoi de photographies, la rééva- luation du protocole et la mise en place d’un second. Sans compter  les passages  réguliers du médecin  traitant, les relations téléphoniques, l’évaluation régulière de la prise en charge en réunion d’équipe et en- fin l’organisation avec, le couple, le médecin traitant et l’équipe HAD.
L’objectif étant  d’arriver à une fin de   prise en charge  satisfaisante.

D’abord une équipe.

Ce qui m’a le plus impressionné ce n’est pas tant  ce professionna- lisme mais surtout  l’importance que Fiorella accorde à l’équipe.  Elle me montre des petites phrases rédigées à mon attention par Sophie,

Valérie et Anne, trois des infirmières de l’associa- tion Centre77 qui ont participé à l’hospitalisation à domicile de Martine. En voici quelques  extraits :
« C’était une prise en charge agréable  ». « On sen- tait une grande  complicité dans ce couple ». « Le couple nous a facilité la tâche : le résultat était là ».
« On était attendue, notre arrivée était la bienve- nue ». La tasse de café était prête sous la cafetière, il y avait aussi le café au caramel ».

Des  petits   mots  qui  en  disent   long  sur  l’ap- proche    humaine    de   toute    l’équipe.   Cepen- dant   une   zone   d’ombre   subsiste   concernant
« l’affaire du scoubidou ».

En effet, le mari de Martine est un  passionné  de pêche  et  voit,  après  une  longue  interruption,  la possibilité  d’y  retourner   très  prochainement.  Il n’avait  évidemment  pas  révisé  son  matériel  et s’aperçoit qu’il lui manquait des petites bagues mi- nuscules destinées  à guider le fil sur ses flotteurs. Hors Sophie, Valérie  et  Anne, ont  toutes  trois avoué avoir parlé pêche  à plusieurs reprises avec lui. Après une  enquête des plus sérieuses,  je ne connais toujours  pas le nom de l’infirmière qui a volé un scoubidou  à son fils pour l’offrir à Yves. En le découpant il pourra  équiper  plus de 500 bou- chons. De quoi pêcher longtemps et de quoi gar- der en souvenir les multiples sourires qui auront été synonymes de bien être, de compréhension et de rétablissement.


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