L’Autisme et l’handiphobie

In: Autisme

19 Juin 2015

 

Comment nommer ces attitudes qui se traduisent par un ensemble de comportements ségrégationnistes et discriminatoires envers les handicapés mentaux ?

Pourquoi perdurent-ils ?

Est-ce uniquement un réflexe animal dû à la peur de la différence ou de l’inconnu ? Oui bien sûr, mais l’handiphobie est à mon avis surtout liée à notre histoire.  

Quelle qu’en soit l’origine, elle a des conséquences dramatiques pour les personnes et leur famille. Des comportements agressifs, des insultes, desviolences morales et physiques. Leur mise à l’écart en est la plus simple et la plus courante expression. L’isolement social est devenu une pratique banalisée et cautionnée par le plus grand nombre. Il règne dans notre belle France unsilence coupable.
Toutes les catégories sociales en sont plus ou moins atteintes. Depuis le citoyen « lambda » jusqu’aux possédants des savoirs, des administrateurs de services publiques, de la santé, de l’éducation, en passant par des responsables politiques qui s’octroient le droit de traiter régulièrement leurs opposants « d’autistes ».

Je ne m’adresse donc pas aux handiphobiques conscients, mais plutôt aux handiphobiques ataviques ou héréditaires. Ceux qui perçoivent le handicap mental comme au début du 20eme siècle. Vous savez ? Le fou du village ou ces pauvres malades qu’on met à l’asile pour être tranquille. Ceux pour qui cette pratique est traditionnellement normale.
Si le mot « asile » n’est plus utilisé dans le langage officiel depuis 1937, mais remplacé par « hôpital psychiatrique », qu’en est-il vraiment dans la perception collective ? Je sais que cette interrogation dérange.

Une enquête récente de l’IPSOS demandée par l’UNAPEI révèle des indicateurs stupéfiants.
Quatre citoyens sur cinq sont conscients de l’importance des discriminations et affirment n’éprouver aucune gêne face au handicap mental.
On pourrait s’en réjouir et se dire que le regard sur le handicap évolue. Mais la suite de cette enquête est plus inquiétante. 

Près de la moitié des jeunes handicapés mentaux, pouvant s’exprimer, déclarent avoir subi au moins une discrimination, 64% d’entre eux affirment avoir été frappés et 87% se plaignent de moqueries et d’insultes. Je sais que cette affirmation dérange aussi. Il va donc falloir vous armer de courage pour lire la suite ou vous arrêter là. C’est à vous de voir.

Coup d’œil sur la réalité de la vie ordinaire et interrogeons-nous sur le quotidien de nos handicapés.

Que dire à ce père, accompagné de son fils de 18 ans avec autisme, qui s’entend dire à la caisse d’un supermarché : Vous pourriez le laisser à la maison. Alors qu’il n’avait rien dit, rien fait, mais avait poussé un cri en regardant le plafond et en mettant les mains sur ses oreilles. On lui dit quoi à ce père ? On ne dit rien ?

Que dire à ce groupe de personnes handicapées mentales qui se voient, avec leurs accompagnants, refuser l’accès d’un restaurant pour déjeuner ?
Que dire à cette maman qui assiste à l’interpellation violente par la police municipale de son fils, un jeune avec autisme de 18 ans, alors qu’il se promenait dans les rayons du supermarché ?
Et à cette mère qui ne sort son fils que la nuit ? Et à ces familles dont l’adulte avec autisme est enfermé. En isolement en hôpital psychiatrique, gazé par des médicaments et coupé de sa famille pour incompatibilité avec le fonctionnement normal de la société. Et cela dans l’indifférence générale. Est-ce le prix de la différence.

Oui, on a peur de ce que l’on ne connait pas.
Oui, on a peur de ce que l’on ne veut pas connaître.

Quoi qu’il en soit ces situations ne sont pas acceptables. Ni sur le plan moral, ni sous l’angle du droit. La France, pays des droits de l’homme a un demi-siècle de retard. Plusieurs fois condamnée par la Commission Européenne des Droits de l’Homme dans l’accompagnement des personnes avec autisme. Montrée du doigt par tous les pays occidentaux qui ont accordé depuis longtemps le droit, à leurs citoyens handicapés mentaux (personnes avec autisme inclues), de vivre dans la vie ordinaire. Certains pays ont même supprimé les hôpitaux psychiatriques.

Selon une information révélée par Le Parisien-Aujourd’hui en France, les parents d’une fillette autiste ont déposé une plainte pour discrimination contre un magasin de vêtements. Cette plainte a aussi été accompagnée d’un courrier destiné au « Défenseur des Droits ». La boutique mise en cause est un magasin d’une grande chaine nationale.
Les faits remontent au 12 juin 2014 dans le Val-d’Oise. La petite fille et sa mère arpentaient les rayons du magasin, étant loin de s’imaginer que cette séance de shopping allait prendre une tournure humiliante. Au moment de régler ses achats à la caisse, un des employés a demandé à la mère de ne plus venir avec sa petite fille. Il paraît que la fillette autiste faisait peur aux employés.
Cette situation vous révolte ? Elle est pourtant banale.

Il est temps de s’interroger sur nos attitudes et nos perceptions du handicap mental et particulièrement de l’autisme. Nous allons bientôt atteindre un, million de familles impacté par ce handicap, alors que la majorité de nos concitoyens ne le savent pas, où ne veulent pas le voir. Aujourd’hui un enfant sur cent naît avec autisme. Un million de familles dans l’isolement social et victime de l’indifférence générale. Des familles avec des vies personnelles et professionnelles détruites. Pire encore, elles sont victime de la pitié générale.
Ah ! Les pauvres.

Alors attention, après l’handiphobie c’est la bêtiphobie qui nousguette.
Demain c’est peut-être vous qui serez considéré comme différent.

Alors, à quand votre tour ?

Jacky Giraud

 


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